Les bijoux en toc au service du développement économique ?

29 October 2009 at 09:02 4 comments

By Thomas Gold, KF9 Dominican Republic

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Après quelques jours dans la province de Samanà, une péninsule qui se situe au Nord-est du pays,  je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur l’utilité réelle et les bénéfices concrets du travail réalisé par mon institution hôte et surtout par la microfinance en général.

En effet, après avoir passé ces premières journées à faire de longs trajets, dans des conditions difficiles sur les quelques routes bosselées et mal entretenues de la péninsule pour assister aux réunions bimensuelles de remboursement des prêts, j’ai constaté que la majorité des commerces tenus par les clients d’Esperanza, sont en tout points identiques : il s’agit de femmes qui vendent de manière ambulante des vêtements, chaussures et bijoux fantaisie (en toc), et dont la situation n’évolue pas vraiment, même après plusieurs cycles de prêts.

transportation in Samana

Different ways to get from one borrowers meeting to another

Laissez-moi faire un point sur l’état économique de la région.

Tout d’abord, la région, comme tout le pays vit depuis très longtemps dans une situation de paix et de relative stabilité politique. Il n’y a pas de camp de réfugiés ou de déplacés, ni de communautés opprimées. Les Haïtiens qui représentent la seule communauté d’immigrants, bien que quelque peu discriminée et parfois mal accueillie, ont quand même pu s’intégrer dans des conditions acceptables, à comparer avec d’autres pays en voie de développement. Personne ne meurt de faim, même si plusieurs clientes d’Esperanza lors d’interview m’ont dit êtres soulagées de s’être éloignées de la préoccupation quotidienne de nourrir leur famille.

Cependant, de grosses carences d’infrastructures et services entravent le développement économique de la région :

Premièrement, on ne peut absolument pas se fier au réseau d’électricité, a part sur le fait qu’une panne surviendra quotidiennement. Pour moi, en tant que Kiva fellow, les conséquences sont bénignes  (me coucher à 20h00 un samedi soir et retarder de presque une semaine maintenant l’opportunité de laver mon linge). Mais aujourd’hui nous avons rendu visite à une cliente qui tient un petit salon de beauté, et qui se retrouve en grande difficulté car elle n’a pas pu travailler ces deux dernières semaines a cause de coupures incessantes.

Deuxièmement, l’état des routes freine terriblement les possibilités de déplacement efficace : on se retrouve obligés à slalomer entre les crevasses ou les bosses (ce qui les rend dangereuses) et en dehors d’une route principale goudronnée, les rues des villes sont en terre, se transformant souvent en torrent de boue et n’ont pas de noms. Il n’y a pas non plus de système de ramassage d’ordures.

Enfin l’eau courante est également peu fiable et tout le monde n’y a pas accès. L’eau chaude n’existe pas (a part certainement dans les complexes touristiques)

Après avoir pu observer l’étendue du travail de développement que cette région rurale a à accomplir, je n’ai pu que constater que les micros-commerces de bijoux et accessoires n’y changeront strictement rien, ce qui a provoqué en moi une pointe de découragement. Bien sûr, l’intérêt du microcrédit est indéniable pour ce type de commerce qui se base sur la vente au détail de produits qui n’ont pas encore atteint ces zones rurales. La plupart de ces femmes se rendent à la capitale une fois par mois pour s’approvisionner, et grâce à un apport de capital substantiel avec les prêts obtenus, rendent ce trajet plus rentable en ramenant une plus grande quantité de produits. De plus le simple fait que la grande majorité de ces entrepreneuses, dont aucune n’avait jamais eu accès à une quelconque forme de crédit avant, redemande systématiquement un prêt, et que nombre d’entre elles étaient sans activité avant d’avoir reçu leur premier prêt montre les aspects positifs du microcrédit dans la région.

Cependant, ma hâte se faisait grande d’interviewer des clients dont les commerces s’inscrivent plus directement dans le développement économique de la région, car je ne cessais de me poser la question suivante : Pourquoi vendre et acheter des bijoux en toc alors que tellement de choses plus basiques manquent ? Et ces femmes ne se font-elles pas concurrence entre elles ?

J’ai obtenu une partie de la réponse à cette première question, après avoir interrogé le gestionnaire de la succursale d’Esperanza a Samana. Celui-ci m’a expliqué que si ces petits commerces fonctionnent c’est parce que l’activité principale de la région qu’est le tourisme a permis d’apporter du capital et de faire circuler de l’argent dans la zone, même si les clients d’Esperanza ne sont pas directement bénéficiaires de cette activité(Presque tous les hôtels, restaurants ou commerces fréquentés par les touristes, sont tenus par des étrangers Européens ou Américains, qui disposent de meilleurs moyens et savent comment offrir au touristes des établissements attractifs et de standards et apparences plus occidentales)

L’autre partie de la réponse m’est venue avec l’expérience de nombreux entretiens avec les clients d’Esperanza. Ici : le commerce se fait à petite échelle, et souvent par le biais de connaissances directes,  la concurrence n’est pas un réel problème et même si l’achat d’accessoires n’améliore pas substantiellement les conditions de vie d’une personne, elles lui offrent un petit plaisir (d’ailleurs partagé par la vendeuse) auquel chacun a le droit et contribuent  à améliorer son moral ou la perception de sa condition.

La responsabilité devant un prêt, l’apprentissage du commerce et la solidarité dans la communauté sont autant de facteurs bénéfiques stimulés par le microcrédit et maintes fois démontrées par les entrepreneurs dans des cas de réunion de remboursement ou les choses n’ont pas tourné comme prévu pour tout le monde. Un des meilleurs exemples fût pour moi Sotero, un entrepreneur de 68 ans, en train de monter une boucherie grâce à son prêt après s’être maintes fois relocalisé pour des raisons économiques et me disant avec un grand sourire et un brin d’attitude théâtrale: « Toute ma vie, le travail m’a permis d’évoluer et me le permet encore. J’aime le travail, la joie et l’argent aussi »

Et si l’agriculture par exemple ne s’est pas développé à un niveau industriel sur ces terres pourtant si riches,  presque tout le monde entretient son petit potager et élève chez soi des poules, ou un cochon, ou voire même des vaches, pour le guide touristique qui m’a fait découvrir une partie de la région, et ainsi peut faire face à des périodes de ralenti économique comme le tourisme implique souvent.

Ma conclusion a la question initialement soulevée est que non : seul, le microcrédit ne va pas soutenir tous les aspects du développement de la région. Cependant, grâce à l’augmentation du niveau de vie des habitants des classes les plus basses et des communautés les plus isolées (et donc les plus touchées par les problèmes d’eau ou d’électricité) ces obstacles ne tarderont pas à s’imposer comme une nouvelle priorité.

Pour le reste, j’ai pu comprendre que tout simplement les priorités de développement de cette région ne sont pas forcement celles que l’on peut attendre du point de vue « occidental » et le commerce de petite échelle est un modèle peut-être mieux adapté aux zones rurales (Alors que les supermarchés sont très mal approvisionnés dans la région et que les prix sont élevés, J’ai pu gouter et acheter chez une cliente d’Esperanza  des pains et pâtisseries délicieux à des prix imbattables)

Lors de la deuxième semaine, j’ai eu l’occasion de voir les types de commerces visités se diversifier, mais en ce dernier jour, après un lever très matinal et avoir jonglé entre les motoconchos (motos-taxis), et les coffres des picks-up pour pouvoir visiter et interviewer six entrepreneurs qui vendaient toutes des vêtements ou bijoux fantaisie, j’ai pu prendre le temps de découvrir que si les si commerces étaient identiques, j’avais en face de moi six individus racontant six histoires uniques.

Prenez le temps de visiter le site de Kiva et de choisir un entrepreneur

English version

Fake jewelry serving economic development?

After a few days in the DR’s province of Samana, a peninsula in the northeast region of the country, I could not stop myself from calling into question the  value and the benefits of the work carried out by my host MFI and more generally, by microfinance

After spending these first few days on long trips, in harsh conditions on the few rugged, bumpy and unmaintained roads of the peninsula, to attend the bimonthly repayment meetings, I realized that a majority of Esperanza’s clients’ businesses are all the same:  women selling clothes, shoes and fake jewelry in the streets and whose economic situation does not substantially change, even after going through several loan cycles.

Let me explain the economic situation of the area.

First of all, the region, much like the rest of the country, has for a long time been peaceful and has enjoyed relative political stability.

There are no refugee camps, nor is there an oppressed community. Haitians are the only immigrant community, which still suffers from some discrimination from time to time.  They have been able to integrate themselves fairly well compare to what happens in other developing countries. No one in the DR is starving, even if several of Esperanza’s clients confessed feeling relieved at having left behind the daily worry of how to feed their families.

Nevertheless, large gaps in basic infrastructure and services are considerably slowing down economic development in the region:

First of all, power is absolutely unreliable, except for its consistent daily outages.  As a Kiva Fellow, the consequences for me are not dramatic (having to go to bed at 8pm once on a Saturday night and delaying doing almost a week’s worth of laundry). But we visited a client today who runs a little beauty salon who found herself in a difficult situation because she has not been able to work a single day in the last two weeks because of the power outages.

Next, the state of the roads completely slows down the possibility of efficient transportation. One is obliged to slalom between bumps and cracks which make driving unsafe.  Except for the main street of each town which are all paved, all the others are dirt roads which often become streams of mud and don’t have names.  Also there is no garbage collection system.

Finally, running water is also unreliable and many communities do not have access to it. Hot water is a luxury reserved for tourist resorts.

As I was beginning to realize all the widespread improvements this rural area still needs to achieve, I had to admit that fake jewelry micro-businesses would not change a thing. I started feeling a bit discouraged.  The benefits of microcredit are undeniable for these kinds of retail businesses selling products that have not yet reached rural areas. Most of these women head to the capital city once a month to purchase merchandise for their businesses.   Thanks to the loans they obtain, they increase their capital revenue, and can make this journey more profitable by being able to buy a larger amount of goods. Moreover, the mere fact that almost all of these entrepreneurs, who had never before had access to credit of any kind, systematically request a new loan, (and that many of them had no revenue-generating activity before getting their first loan), demonstrates the benefits of microcredit in the region.

Nevertheless, I was really looking forward to interviewing clients whose businesses would be more directly involved in economic development, because I could not stop thinking : What is the point of selling and buying fake jewelry when so many basic necessities are missing? And aren’t all these entrepreneurs competing against each other?

I received an answer to this first question from Samana’s branch office manager. He explained to me that these little businesses are actually profitable because the area’s main economic-generating activity is tourism, which has brought a little bit of money to the area, even though Esperanza’s clients are not directly involved in the industry.   (Almost all hotels, restaurants and shops frequented by tourists are owned by foreigners, mostly Americans or Europeans, who have greater means and know how to offer more attractive and western-looking establishments)

The rest of the answer came to me through the numerous interviews I had with Esperanza’s clients. All of their businesses are small scale, and are often successful because of the relationships the women have with the locals. Competition is not really an issue and if buying accessories does not improve someone’s living conditions, it still provides some deserved happiness and cheer  (which is also shared by the vendor ),  and improves their outlook on their situation.

The responsibility of taking a loan, learning about operating a business and the solidarity within the community are other social benefits fostered by microcredit.  These are manifested many times by Esperanza’s entrepreneurs in repayment meetings when things have not gone well for every borrower. For me one of the best examples was Sotero, a 68 year old butcher, who had to move his business several times for economic reasons but was now setting up a new little butcher shop thanks to his loan. Smiling, he told me with a bit of histrionic gesture that:  “All my life, working has allowed me to grow and evolve and still does. I like working, being happy, and money too!”

Also, although agriculture has not reached an industrial level despite the region’s rich soil, almost everyone has a little vegetable garden, and raises chickens, pigs or even a few cows, like the guide who took me through the area. This way people are able to better protect themselves against a period of economic slow down, which greatly affects tourism.

My response to my initial doubts is that No: microcredit alone cannot address all of the economic development needs of an area. However,  thanks to the improvement in the standard of living for the poorest classes and those that live in the most isolated areas ( and who therefore suffer most from the lack of water and electricity), these issues will soon become the new priority.

As for the rest, I have realized that the development priorities for this region are not the same as what a westerner would consider important.   Promoting small-scale businesses might be a better model for rural areas (While grocery stores are poorly supplied and quite expensive, I was able to buy and enjoy awesome homemade pastries and breads from an Esperanza client at an unbeatable price ).

During the second week, the types of businesses I had the opportunity to visit became more diverse.  However, on my last day, after waking up early and going from one place to another on motoconchos (taxi-motorbikes) or on the trunk of pickup trucks I visited six entrepreneurs who all sold  clothes and jewelry.  I took the time to find out that although their businesses were the same, I had interviewed six individuals with six unique stories.

Lots of thanks to Gemma for helping with the translation!

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4 Comments

  • 1. i moreau  |  14 November 2009 at 06:49

    c’est cette part d’humanité que Kiva arrive à retranscrire ou à partager qui je pense fait son succès. kiva donne de l’espoir, et là je ne parle pas des gens qui empruntent mais bien de moi qui prête.

    merci de nous faire partager vos réflexions et vos doutes.

  • 2. Julie  |  31 October 2009 at 08:23

    After meeting so many women with little albarrotes or selling used clothing I’ve definitely had similar thoughts:: “how many used clothes from the Goodwill outlet bins in Texas do people honestly need?” But you’re right, every borrower’s story is unique. I think it’s interesting how some clients I’ve met just seem naturally more ambitious or entrepreneurial than others, more inclined to expand their businesses, while others seem to “settle” for just getting by month to month…. I wonder if you can argue if this difference due to education, luck, or circumstance… or maybe some people are just better at expanding a business than others…?

  • 3. Agnes  |  29 October 2009 at 12:42

    Thomas, excellent post and well-said. The Dominican Republic sounds very similar to Samoa and the same thoughts and perhaps frustrations run through my head here. Though the UN is upgrading Samoa from a LDC to a medium developing country (certainly, judging from the famous girth of people here, nobody’s starving!), Samoa still lacks proper infrastructure and access to financial institutions for all. I don’t know if microfinance is having a substantial impact here, but I hope that it encourages entrepreneurship, creativity and drive beyond small businesses. I hope it provides that spark and causes somebody to yearn to start an export business or a chocolate factory or a bank–something that would diversify Samoa and increase employment.

  • 4. Kimia  |  29 October 2009 at 12:19

    Hey Thomas! I loved that you said “although their businesses were the same, I had interviewed six individuals with six unique stories”. I have noticed that some borrower’s tend to duplicate the businesses of their neighbors.

    Keep up the good work!


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